ne plus avoir peur de la mort

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ne plus avoir peur de la mort

Message par Admin le Mar 7 Déc - 15:29

Ce sont mes mots et mon regard. Mon voyage où j'ai accompagné mon père vers son ultime départ : sa mort. Cela fait juste quelques mois qu'il est parti et son coeur vit toujours en moi. Mon coeur bat au rythme de l'autre qu'il soit prêt ou qu'il soit loin et parfois j'ai mal.

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Le regard de mon père et le message que j'ai rencontré lorsque nos regards se sont rejoints. Durant un peu plus d'une année, sa déchéance annonçait l'échéance inévitable de son départ. Je l'ai accompagné aussi régulièrement que j'ai pu sans rien attendre de particulier et ouverte à tout ce qu'il allait m'apprendre. Et j'ai vu ce qu'il me fallait voir : l'intensité regard sur l'immensité infinie.

Je l'entends me dire encore :"regarde, je suis un vieux con. Je perds la tête, mon corps ne fait plus comme je veux, et j'embête tout le monde ... la laideur est là, je ne suis pas beau à voir"

Je ne l'empêchais pas de dire cela, je l'écoutais et lui répondais que le présent se regarde et se vit avec amour (qu'il soit beau ou laid). Il m'a laissé approcher son intimité autant psychique que corporelle. Je l'ai porté, soulevé, lavé, langé avec le sourire même si mon coeur avait de la peine de le voir dans cet état là. Je ne sentais que l'amour entre nous deux et son regard direct sur moi accrochait la profondeur du silence.

Il ne distinguait plus, dans les derniers jours de sa vie, les mondes d'ici et d'au-delà ; pour lui cela ne faisait plus qu'un. Il s'étonnait de me voir parfois en face de lui, me demandant si je l'avais suivi dans ce monde unifié ; comme si je pouvais l'accompagner partout, au-delà de la matière ! Je ne comprenais pas sur le coup ce qu'il était en train de me montrer, il n'y avait pas de mot, ni de possibilité de comprendre, c'était là, simplement là et nous le vivions tous les deux ensembles.

Pendant des mois, nous avons passé tous les deux, presque chaque jour, des instants magiques de gaieté. Quand il souffrait un peu trop, mes gestes s'adaptaient à ses demandes. Je l'écoutais !

Puis la douleur est devenue insupportable pour lui et je ne voulais pas qu'il dépende d'un cachet oublié ; j'avais un très bon rapport avec le médecin, j'étais le lien conscient et régulier dans cette atmosphère de fin de vie. Je prenais des décisions et en accord avec le médecin, mon père acceptait tout ce que je lui proposais. Je ne le forçais jamais, je lui expliquais clairement la situation.

Je savais pleinement que nous marchions ensemble vers la mort. Je l'ai su avant lui puis il m'a rejoint et nous avons pu la vivre en douceur.

Ce n'était plus l'enfant et le père mais le regard de l'un et l'autre dans la même direction. Nous devions nous libérer tous les deux de cette peur que provoque cette étape de vie. Son regard de lui-même dans cet appauvrissement du corps et de la pensée (sans jamais perdre l'esprit) et mon propre regard du souffle de vie qu'il m'a donné sans le savoir il y a bien des années, tout se faisait sans voile de l'illusion. Tout se vivait en direct, à proximité, proche et sans détour ... sans personne entre nous pour nous séparer. Même pas la mémoire ancienne.

A l'approche de sa mort, il m'a redonné d'une autre façon la vie (le souffle était déjà là !) en me laissant l'approcher d'aussi près. J'ai pu voir la mort droit dans les yeux de mon père et je peux témoigner qu'il était beau, libre, serein et en pleine conscience de cet ultime voyage. Parce qu'il m'a emmenée avec lui quelques instants si intenses ... la peur avait disparu de chaque côté de nos vies.
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